Sunshine in a bag

Plus on crée, plus on emmagasine des idées de création. J’avais cette image de référence en tête depuis des années.

« Sunshine in a bag » by Antoine Renault – Acrylic on canvas 100x70cm

J’aime le contraste entre les profondeurs sombres et le plafond lumineux. La structure complexe de ce plafond, agité par un jour de brise à Amorgos. J’aime le cadrage, avec la silhouette qui surgit d’un angle. Et j’aime beaucoup la posture aussi. L’épaule gauche qui s’ouvre, la main droite qui descend pour équilibrer avec une attitude désinvolte. Et la lumière bien sûr qui fait claquer le jaune au milieu du bleu.

Je m’y étais essayé une première fois avec un petit format sur toile. Plutôt satisfaisant. Rapidement envolé chez un collectionneur en Californie. J’y suis revenu via ma dernière série small works « Underwater vibes ». Un deuxième essai pour simplifier au maximum cette image complexe.

Et j’ai fini par sortir une grande toile et attaquer cette image sur l’espace qu’elle méritait. C’est naturellement un processus très différent. Et donc intéressant. J’ai longuement hésité à m’arrêter à l’étape ci-dessous que j’aimais beaucoup. Pas réussi…

Making of « Sunshine in a bag » by Antoine Renault

Une retraite à Florence

Le genre de semaine qui laisse quelques traces. Des amitiés. Des souvenirs. Et un sac plein d’enseignements. Sur la préparation, les couleurs uniques, les passages, la composition, l’emphase, le toucher de pinceau.

Mike est un de ces rares artistes aussi talentueux que généreux. Sans doute parcequ’il prend autant de plaisr dans son art que dans le partage. Dans l’image que dans la rencontre.

Trois heures de demo chaque matin autour de lui, en conversation continue. Trois heures de pratique l’après-midi entouré par un coach toujours disponible et immédiatement utile. Des soirées sans fin à refaire le monde autour du brasero avec des artistes venus de 10 pays différents. 10 cultures. 1 passion.

Mike. Merci.

Antoine Renault – Learning to paint with Mike Carson – Day 1
Antoine Renault – Learning to paint with Mike Carson – Day 2
Antoine Renault – Learning to paint with Mike Carson – Day 3
Antoine Renault – Learning to paint with Mike Carson – Day 4
Antoine Renault – Learning to paint with Mike Carson – Day 5

En écoutant cette brise d’été

Créer à partir d’un sujet familier

Ce n’est pas la première fois que je peins une scène au bout de cette jetée. Mes pinceaux sont habitués au sujet. Mais cette fois-ci, j’ai décidé d’essayer quelque chose de différent.

D’abord, il s’agit d’un palympseste: une oeuvre peinte par-dessus une ancienne peinture. Elle datait de ma toute première exposition et je n’y étais plus tellement attaché. Je l’ai couverte d’une couche de gesso mais je n’ai pas complété par une sous-couche de couleur cette fois-ci. J’ai pensé que ce voile lacté laissant appraître un peu du paysage marin d’origine pourrait être intéressant pour certaines parties de la composition. Et je n’ai pas regretté !

Jouer avec les valeurs

Si vous regardez de plus près, vous verrez que les zones de valeur lumineuse du premier plan n’ont pas été peintes. On peut y deviner en transparence la silouhette de nuages issus de la première peinture.

Puis j’ai choisi de peindre les valeurs les plus sombres d’un rouge éclatant afin de créer des vibrations avec les bleus et verts qui les couvriraient ensuite. J’ai ensuite voulu tester l’idée de laisser ces volutes rouges complètement visibles sur une partie du tableau. C’est comme cela que l’on peut voir dans la partie en haut à droite ces reflets de mer rouges devenir quelque chose de plus abstrait, avec des formes d’un dessin surprenant.

Et puis enfin, j’aime tellement peindre les peaux bronzées que je n’ai pas résisté à pousser un peu plus loin cette partie de la composition, jusqu’à ce que le rendu soit le plus réaliste possible et contraste avec les zones moins achevées de la toile. Et voilà !

Observer le résultat

J’ai bien aimé ce parcours créatif car c’était de l’expérimentation permanente. Et maintenant que la toile est accrochée au-dessus de mon chevalet, j’en profite bien entre deux sessions de travail. J’aime bien m’y perdre dans les bons souvenirs sur ma plage favorite d’Amorgos. Mais j’aime aussi passer du temps à interpréter ces formes rouges abstraites puis laisser mon imagination suivre les miroitements rouges qui ont réussi à passer entre les mailles bleues et vertes de la surface. Je ne m’en lasse plus.

« Listening to all that summer breeze ». Acrylic on canvas 100×100 cm (39×39 in) by Antoine Renault

Ah oui… et le titre?

Bonne question. Une chanson que j’adore, « dreamers » de Claire Denamur. Ces mots arrivent à un moment dans les paroles. J’avais ce titre en tête avant même de démarrer le travail.

« Listening to all that summer breeze ». Acrylic on canvas 100×100 cm (39×39 in) by Antoine Renault

Diafanea II

C’était clairement ma peinture préférée de 2013. Elle s’était vendue à peine terminée. Partie en Floride. J’ai eu envie d’en profiter à nouveau. J’en ai donc recréé une nouvelle version, plus spacieuse, pour profiter encore mieux de la sensation hyper apaisante qui se dégage de cette image.

Souvenir d’une baignade à Amorgos. Elvire rebondissait sur le fond au ralenti, comme un astronaute en apesanteur sur la lune. Chaque impulsion était l’occasion d’attraper un peu d’oxygène avant de profiter encore et encore de cette transparence extraordinaire.

« Diafanea II » by Antoine Renault – Acrylique on canvas 150x100cm

Daddy cool

C’est parti d’une photo noir et blanc des années 50. Papa est sur la dune de Sainte Anne de Bel Air. Regard vers l’Ouest. Le voilier de la famille est le seul au mouillage de la Clère. On devine qu’il doit être vers la fin de matinée. Il fait chaud, les herbes de dunes ont jauni. Ca va bientôt être l’heure de l’Anisade. Là, sur la terrasse, juste à droite des hortensias qui sont encore à l’ombre.

« Daddy cool » – Acrylic on canvas 40x40cm by Antoine Renault
Making of « Daddy cool ». acrylic painting on canvas by Antoine Renault

Blue bliss

Il fait suffisamment chaud pour se baigner plusieurs fois dans la journée. On émerge de l’eau qui vient de rafraîchir. On va se poser au soleil et attendre tranquillement que l’épiderme sèche. Puis qu’il fasse chaud. On aura enfin mérité un nouveau plongeon. Une dure journée…

Cette peinture a été très relaxante à créer. Rien n’était planifié à part le dessin. Une sous couche ocre, puis la pose d’une mosaïque au premier plan. Puis plusieurs glacis. La peau dorée. Et enfin des touches de blanc éclatant à l’intersection de quelques volutes. Tout ce que j’aime.

« Blue bliss » by Antoine Renault. – Acrylic on canvas 70x100cm
« Blue bliss » by Antoine Renault. – Acrylic on canvas 70x100cm
Detail of « Blue bliss » by Antoine Renault. – Acrylic on canvas 70x100cm

Homard le bleu

Pince broyeuse à tribord. Pince coupante à bâbord. S’il grandit sans encombre et qu’il échappe aux pêcheurs, le homard est équipé pour vivre vieux, très vieux, et en aussi bonne forme que ses congénères les plus jeunes. D’où ce mythe de l’immortalité du homard.

« Homard le Bleu » acrylic on canvas 50x70cm by Antoine Renault

Une dissymétrie des pinces qui ne gâche pas l’esthétique. Notamment chez le fameux homard dit « bleu » breton. Un noir aux reflets azur constellé de taches blanches. Un sujet très intéressant à travailler en peinture lorsqu’il n’est pas éclairé de lumière directe: les points de reflets se confondent facilement avec les taches de sa robe.

« Homard le Bleu » (detail) acrylic on canvas 50x70cm by Antoine Renault

Une belle combinaison de puissance et de finesse exceptionnelles (sa chair). OK. Le roi des crustacés mérite sa couronne !

L’inspiration existe

Etrange. C’est la première fois que je suis tenté de peindre un même sujet une deuxième fois à moins d’un an d’intervalle. Ce sujet est aussi ma première nature morte depuis très longtemps. Et la première toile rouge que j’aie jamais peinte. « L’inspiration existe, mais elle doit te trouver au travail ». Pas faux, comme souvent chez Picasso. Rien dans mon travail habituel ne devait m’amener à peindre ces poissons. Ils sont arrivés par le hasard d’un carnet d’exode et le travail régulier. Et comme je m’étonnais du plaisir pris à les peindre, j’ai voulu vérifier si cela se répéterait. En fait, oui.

« El Albino » by Antoine Renault

Pour corser le travail cette fois-ci, j’ai décidé de peindre le premier maquereau à droite en négatif, mais en utilisant le rouge du fond pour le noir. Cela m’a fait réaliser que curieusement, le dessin de la robe de ce poisson fonctionne de manière très similaire en négatif. La confirmation d’un design naturel remarquable. Les motifs sont chaque fois différents mais très similaires. ils sont également inversables.

Making of « El Albino » by Antoine Renault

C’est aussi une expérience « étrange » (racine du mot « étranger »). En cherchant à inverser l’image du poisson référent, j’arrive à une sorte de maquereau albinos. C’est l’étranger de la bande. Il a pourtant exactement la même structure graphique que les autres. La peur de la différence chez les hommes est un sujet qui me passionne en ce moment. J’y ai vu un clin d’oeil amusant. Une des raisons importantes pour lesquelles l’homme a peur de la différence, c’est que l’étranger lui ressemble en fait beaucoup et le renvoie à une part de lui avec laquelle il n’est pas encore tout à fait à l’aise. Pour ceux que cela intéresse également, très bon article ici.

Deep down: La métamorphose

Quand on plonge dans l’eau, il y a trois moments de légèreté extraordinaires. D’abord l’impulsion pour s’élever dans l’air. Avec cette micro seconde où l’on ne monte plus mais on ne descend pas encore. Le moment où l’hypothèse de la gravité pourrait être questionnée. Cet instant précis où l’on vole, qui fascine tant le peintre et danseur génial Darvish Fakhr.

"Deep Down" Acrylic on canvas 100x70cm Antoine Renault
« Deep down » Acrylic on canvas. 100x70cm

Puis il y a la rencontre avec la surface. Le passage du gazeux au liquide. La claque de fraîcheur. Le réflexe d’immersion appelé aussi « Le Principal Interrupteur de Vie » par les scientifiques se met en place immédiatement: Au moment où notre visage rentre en contact avec l’eau, la métamorphose commence. Le sang remonte dans les mains et les pieds, le battement cardiaque ralentit de 25% par rapport à la normale. On se prépare à devenir un animal un peu plus aquatique et un peu moins terrestre.

Enfin, on est dessous. Le silence opaque après le grand splash. Tous les bruits du monde sont annulés… En légèreté totale. On vole en apesanteur. Plus on reste longtemps, plus notre esprit entre en état de méditation. Je me trouve tellement bien sous l’eau que lorsque j’étais enfant, j’ai longtemps rêvé de trouver le moyen d’y respirer naturellement. Y rester indéfiniment. Il ya tellement de choses à observer dans la tranquillité la plus totale. C’est tellement relaxant.

La construction de ce tableau ressemble d’ailleurs à une entrée en méditation. J’ai plongé dedans avec une première couche de dessin monochrome au pinceau. Puis j’ai couché du bleu en plusieurs couches fines. Enfin j’ai passé des heures à sculpter les formes bleutées de ces nuages d’écume sous-marine. Et c’est à cette étape-là que je suis entré moi-même en méditation. Il y avait là quelque chose d’assez hypnotique: rajouter un peu de rose, revenir avec un léger passage de gris, intensifier avec du bleu, faire claquer la lumière avec du blanc pur. Chaque coup de pinceau changeait la forme et la légèreté du nuage. J’ai adoré ça !

Verde que te quiero verde

L’inspiration est venue de 2 femmes artistes que je suis depuis longtemps. Une peintre de New York et une photographe des îles Canaries.

Alyssa

Commençons par la peintre. Alyssa Monks est très connue dans l’univers de l’art figuratif US. Certains la considèrent comme l’une des femmes artistes vivantes les plus influentes. Basée à Brooklyn, NYC, elle s’est fait connaître via sa série oil and waters où l’eau est omniprésente. C’est ce qui nous a réunis dans l’article « water everywhere » du magazine « Everywhere Art ». Publié 2 ans après ma première expo, cet article critique est un régal pour les amateurs d’art qui s’intéressent au thème de l’eau. On y retrouve aussi la suédoise Linnea Strid, le dessinateur allemand Dirk Dzimirsky, et l’américaine Samantha French . Mais le thème central d’Alyssa reste la fragilité humaine. Elle le travaille en fusionnant le portrait avec d’autres effets visuels. Il y a eu L’eau d’abord, puis la nature. C’est de cette série de portraits-paysages que m’est venue l’idée de cette nouvelle toile.

Raquel

La photographe ensuite. Je ne me souviens plus comment j’ai découvert le travail de Raquel Chicheri, mais je me souviens de ce que j’ai ressenti. Cette incroyable fraîcheur, la spontanéité, le jeu, a tendresse. Une incroyable créativité dans la composition et le cadrage. Moi qui essaie de peindre l’été invincible, je ne connais pas d’artiste qui le photographie mieux. Puis j’ai été touché par le portrait d’un de ses jeunes modèles, Nicole Blanc. Elle est catalane (et très douée en dessin). Rachel est de Galice. Les 2 vivent sur 2 îles différentes des Canaries.

Et un portrait en surimpression

Inspiré donc par les portraits de Raquel et Alyssa, je me lance dans un travail un peu compliqué. Point de départ en Avril 2019: la superposition approximative d’un portrait noir et blanc de Nicole et d’une photo de palmiers de mon rooftop d’Amsterdam. Des mois de travail plus tard, je finis par trouver enfin un équilibre satisfaisant entre ce regard hypnotisant et les palmes qui l’entourent. Janvier 2021.