Diafanea II

C’était clairement ma peinture préférée de 2013. Elle s’était vendue à peine terminée. Partie en Floride. J’ai eu envie d’en profiter à nouveau. J’en ai donc recréé une nouvelle version, plus spacieuse, pour profiter encore mieux de la sensation hyper apaisante qui se dégage de cette image.

Souvenir d’une baignade à Amorgos. Elvire rebondissait sur le fond au ralenti, comme un astronaute en apesanteur sur la lune. Chaque impulsion était l’occasion d’attraper un peu d’oxygène avant de profiter encore et encore de cette transparence extraordinaire.

« Diafanea II » by Antoine Renault – Acrylique on canvas 150x100cm

Daddy cool

C’est parti d’une photo noir et blanc des années 50. Papa est sur la dune de Sainte Anne de Bel Air. Regard vers l’Ouest. Le voilier de la famille est le seul au mouillage de la Clère. On devine qu’il doit être vers la fin de matinée. Il fait chaud, les herbes de dunes ont jauni. Ca va bientôt être l’heure de l’Anisade. Là, sur la terrasse, juste à droite des hortensias qui sont encore à l’ombre.

Making of « Daddy cool ». acrylic painting on canvas by Antoine Renault

Blue bliss

Il fait suffisamment chaud pour se baigner plusieurs fois dans la journée. On émerge de l’eau qui vient de rafraîchir. On va se poser au soleil et attendre tranquillement que l’épiderme sèche. Puis qu’il fasse chaud. On aura enfin mérité un nouveau plongeon. Une dure journée…

Cette peinture a été très relaxante à créer. Rien n’était planifié à part le dessin. Une sous couche ocre, puis la pose d’une mosaïque au premier plan. Puis plusieurs glacis. La peau dorée. Et enfin des touches de blanc éclatant à l’intersection de quelques volutes. Tout ce que j’aime.

« Blue bliss » by Antoine Renault. – Acrylic on canvas 70x100cm
« Blue bliss » by Antoine Renault. – Acrylic on canvas 70x100cm
Detail of « Blue bliss » by Antoine Renault. – Acrylic on canvas 70x100cm

Homard le bleu

Pince broyeuse à tribord. Pince coupante à bâbord. S’il grandit sans encombre et qu’il échappe aux pêcheurs, le homard est équipé pour vivre vieux, très vieux, et en aussi bonne forme que ses congénères les plus jeunes. D’où ce mythe de l’immortalité du homard.

« Homard le Bleu » acrylic on canvas 50x70cm by Antoine Renault

Une dissymétrie des pinces qui ne gâche pas l’esthétique. Notamment chez le fameux homard dit « bleu » breton. Un noir aux reflets azur constellé de taches blanches. Un sujet très intéressant à travailler en peinture lorsqu’il n’est pas éclairé de lumière directe: les points de reflets se confondent facilement avec les taches de sa robe.

« Homard le Bleu » (detail) acrylic on canvas 50x70cm by Antoine Renault

Une belle combinaison de puissance et de finesse exceptionnelles (sa chair). OK. Le roi des crustacés mérite sa couronne !

L’inspiration existe

Etrange. C’est la première fois que je suis tenté de peindre un même sujet une deuxième fois à moins d’un an d’intervalle. Ce sujet est aussi ma première nature morte depuis très longtemps. Et la première toile rouge que j’aie jamais peinte. « L’inspiration existe, mais elle doit te trouver au travail ». Pas faux, comme souvent chez Picasso. Rien dans mon travail habituel ne devait m’amener à peindre ces poissons. Ils sont arrivés par le hasard d’un carnet d’exode et le travail régulier. Et comme je m’étonnais du plaisir pris à les peindre, j’ai voulu vérifier si cela se répéterait. En fait, oui.

« El Albino » by Antoine Renault

Pour corser le travail cette fois-ci, j’ai décidé de peindre le premier maquereau à droite en négatif, mais en utilisant le rouge du fond pour le noir. Cela m’a fait réaliser que curieusement, le dessin de la robe de ce poisson fonctionne de manière très similaire en négatif. La confirmation d’un design naturel remarquable. Les motifs sont chaque fois différents mais très similaires. ils sont également inversables.

Making of « El Albino » by Antoine Renault

C’est aussi une expérience « étrange » (racine du mot « étranger »). En cherchant à inverser l’image du poisson référent, j’arrive à une sorte de maquereau albinos. C’est l’étranger de la bande. Il a pourtant exactement la même structure graphique que les autres. La peur de la différence chez les hommes est un sujet qui me passionne en ce moment. J’y ai vu un clin d’oeil amusant. Une des raisons importantes pour lesquelles l’homme a peur de la différence, c’est que l’étranger lui ressemble en fait beaucoup et le renvoie à une part de lui avec laquelle il n’est pas encore tout à fait à l’aise. Pour ceux que cela intéresse également, très bon article ici.

Deep down: La métamorphose

Quand on plonge dans l’eau, il y a trois moments de légèreté extraordinaires. D’abord l’impulsion pour s’élever dans l’air. Avec cette micro seconde où l’on ne monte plus mais on ne descend pas encore. Le moment où l’hypothèse de la gravité pourrait être questionnée. Cet instant précis où l’on vole, qui fascine tant le peintre et danseur génial Darvish Fakhr.

"Deep Down" Acrylic on canvas 100x70cm Antoine Renault
« Deep down » Acrylic on canvas. 100x70cm

Puis il y a la rencontre avec la surface. Le passage du gazeux au liquide. La claque de fraîcheur. Le réflexe d’immersion appelé aussi « Le Principal Interrupteur de Vie » par les scientifiques se met en place immédiatement: Au moment où notre visage rentre en contact avec l’eau, la métamorphose commence. Le sang remonte dans les mains et les pieds, le battement cardiaque ralentit de 25% par rapport à la normale. On se prépare à devenir un animal un peu plus aquatique et un peu moins terrestre.

Enfin, on est dessous. Le silence opaque après le grand splash. Tous les bruits du monde sont annulés… En légèreté totale. On vole en apesanteur. Plus on reste longtemps, plus notre esprit entre en état de méditation. Je me trouve tellement bien sous l’eau que lorsque j’étais enfant, j’ai longtemps rêvé de trouver le moyen d’y respirer naturellement. Y rester indéfiniment. Il ya tellement de choses à observer dans la tranquillité la plus totale. C’est tellement relaxant.

La construction de ce tableau ressemble d’ailleurs à une entrée en méditation. J’ai plongé dedans avec une première couche de dessin monochrome au pinceau. Puis j’ai couché du bleu en plusieurs couches fines. Enfin j’ai passé des heures à sculpter les formes bleutées de ces nuages d’écume sous-marine. Et c’est à cette étape-là que je suis entré moi-même en méditation. Il y avait là quelque chose d’assez hypnotique: rajouter un peu de rose, revenir avec un léger passage de gris, intensifier avec du bleu, faire claquer la lumière avec du blanc pur. Chaque coup de pinceau changeait la forme et la légèreté du nuage. J’ai adoré ça !

Verde que te quiero verde

L’inspiration est venue de 2 femmes artistes que je suis depuis longtemps. Une peintre de New York et une photographe des îles Canaries.

Alyssa

Commençons par la peintre. Alyssa Monks est très connue dans l’univers de l’art figuratif US. Certains la considèrent comme l’une des femmes artistes vivantes les plus influentes. Basée à Brooklyn, NYC, elle s’est fait connaître via sa série oil and waters où l’eau est omniprésente. C’est ce qui nous a réunis dans l’article « water everywhere » du magazine « Everywhere Art ». Publié 2 ans après ma première expo, cet article critique est un régal pour les amateurs d’art qui s’intéressent au thème de l’eau. On y retrouve aussi la suédoise Linnea Strid, le dessinateur allemand Dirk Dzimirsky, et l’américaine Samantha French . Mais le thème central d’Alyssa reste la fragilité humaine. Elle le travaille en fusionnant le portrait avec d’autres effets visuels. Il y a eu L’eau d’abord, puis la nature. C’est de cette série de portraits-paysages que m’est venue l’idée de cette nouvelle toile.

Raquel

La photographe ensuite. Je ne me souviens plus comment j’ai découvert le travail de Raquel Chicheri, mais je me souviens de ce que j’ai ressenti. Cette incroyable fraîcheur, la spontanéité, le jeu, a tendresse. Une incroyable créativité dans la composition et le cadrage. Moi qui essaie de peindre l’été invincible, je ne connais pas d’artiste qui le photographie mieux. Puis j’ai été touché par le portrait d’un de ses jeunes modèles, Nicole Blanc. Elle est catalane (et très douée en dessin). Rachel est de Galice. Les 2 vivent sur 2 îles différentes des Canaries.

Et un portrait en surimpression

Inspiré donc par les portraits de Raquel et Alyssa, je me lance dans un travail un peu compliqué. Point de départ en Avril 2019: la superposition approximative d’un portrait noir et blanc de Nicole et d’une photo de palmiers de mon rooftop d’Amsterdam. Des mois de travail plus tard, je finis par trouver enfin un équilibre satisfaisant entre ce regard hypnotisant et les palmes qui l’entourent. Janvier 2021.

La pomme d’Eve

Saviez-vous que 2 des 3 best-sellers mondiaux de tous les temps ont cette femme en commun? Au commencement était cette histoire bizarre entre une homme, une femme, une pomme et un serpent.Un début pas franchement cohérent qui n’a pourtant pas empêché la Bible et le Coran de rester au top, loin devant Harry Potter (#5) ou Le Petit Prince (#6). La première femme du monde en bikini rouge, je me suis dit que cela ferait un sujet. En bikini forcément pour éviter la censure. Et en conséquence, rouge la pomme. Et voilà.

Je ne sais plus très bien d’où m’est venue l’idée d’un polyptyque. Je viens de réaliser que l’origine de ce terme est liée à ces peintures sur panneaux utilisées comme retables au moyen-âge. Je jure qu’il n’y avait pas de rapport. Ce que je sais par contre c’est que cela m’a compliqué la tâche de manière significative.

Making of « Eve’s apple », acrylic on canvas by Antoine Renault. Polyptych 9X30X30cm

Je suis finalement content du résultat, photographié ci-dessus par frais vent d’Est. A chaque fois que je regarde cette toile, je me demande si Eve va finalement croquer cette pomme ou la garder entière, belle et brillante…

La géniale idée d’#artistsupportpledge

Tout a commencé avec le premier confinement et l’idée du peintre Matthew Burrows. J’avais bien entendu parler de The Artist Support Pledge pendant l’année mais sans vraiment y prêter attention. C’est un ami de NYC qui m’a envoyé fin Novembre cet article du New York Times en me demandant ce que j’attendais pour participer. J’ai réalisé alors à quel point cette initiative était devenue un évènement mondial et j’ai compris pourquoi. « Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise » disait Churchill. C’est exactement ce qu’a fait Matthew. Il a lancé une idée impossible en temps normal. Le marché de l’art et les galeries fermaient, des milliers d’artistes risquaient une situation catastrophique? Matthieu a décidé d’agir. Vite. Fort. Il a lancé « The Artist Support Pledge ». Avec ce post tout simple, le 15 Mars 2020.

Une idée simple, basée sur la confiance et la générosité. Lumineuse.

Les artistes du monde entier publient sur leur compte Instagram des oeuvres à vendre pour un prix maximum de 200£ (ou 200€, $200). Bien en-dessous de ce que coûte en général une oeuvre originale. Ils y ajoutent le hashtag #artistsupportpledge qui les introduit aussitôt dans l’immense catalogue virtuel que parcourent les amateurs d’art recherchant ce hashtag sur Instagram. Plus de 500.000 oeuvres à date.

Les transactions se font sans intermédiaire: si un amateur est intéressé, il contacte directement l’artiste. Dès qu’il a vendu pour 1000£, l’artiste s’engage lui aussi à acheter 200£ l’oeuvre d’un autre artiste qui participe. Publication gratuite, transaction indépendante, pas de sélection, pas de commission. Un système basé sur le confiance et la générosité: l’artiste vend des pièces moins chères mais il vend, il permet à des collectionneurs de faire une première acquisition et il soutient un autre artiste. Un système qui peut grossir très vite puisqu’il est très simple.

J’ai donc décidé de créer la série « Dancing beneath the surface ».

Une petite série d’acryliques sur papier de 30x40cm. Un mouvement de ma fille filmé sous l’eau, décomposé en 5 poses espacées de 1/2 seconde. Léger et fluide comme un pas de danse. J’ai annoncé l’initiative après avoir peint la première de la série. Les 5 se sont vendues dans les 24h!!! Certes, 200€ est à peu près la moitié de leur valeur marché, mais tout de même. J’ai reçu des messages d’amateurs partout dans le monde, des followers qui me suivaient depuis des années et qui se réjouissaient de pouvoir enfin s’offrir un originel. Les 5 peintures sont parties en France, Australie, Nouvelle-Zélande et Grèce. Mais proposer 5 oeuvres à petit prix n’était que la première partie de l’aventure.

Puis il a fallu tenir mon engagement: acheter une oeuvre à un autre artiste participant

En fait je n’ai pas attendu longtemps: j’avais choisi l’artiste et l’oeuvre à acheter avant même d’avoir fini de peindre ma série :). Brigitte Yoshiko Pruchnow . Une camarade de galerie chez Saatchiart, Basée à Munich, Germano-Japonaise, Brigitte a une manière unique de peindre les enfants, les piscines… et les tartes. Nous nous suivions depuis longtemps. Maintenant j’ai une peinture d’elle dans mon atelier. Merci Matthew!

Le projet « anonymous heART »

C’est la première peinture que je ne signe pas.

L’association Heart Research UK a en effet lancé ce beau projet d’enchères autour d’une idée originale: sélectionner des artistes contemporains et leur demander une oeuvre anonyme sur un petit carton (20x30cm). The anonymous heART project a permis de générer 52.000£ pour leurs projets de recherche. Ils ont révélé les noms des artistes une fois les enchères terminées.

Heureux d’y avoir contribué! Merci Rachel Brooke de m’y avoir invité.